IMG_0285_1_La Barben avait son château, son zoo... et aura peut-être son parc photovoltaïque à l'initiative de la commune, prévu en 2013 : toute une surface de panneaux solaires au sol entre St Cannat, Lançon, Coudoux et La Barben, vers la colline des Quatre Termes qui s'achève par un vaste plateau désertique et venté dominant la vallée de l'Arc. C'est là qu'un immense parc solaire est prévu pour une surface cloturée de 1000 ha et avec une couverture de panneaux solaires au sol de l'ordre de 176 ha produisant 96 millions de watts par an. Le concessionnaire de ce parc est l'entreprise Voltalia.

Dans un premier temps, on peut se réjouir que l'industrie commence enfin à investir dans les énergies renouvelables, peut-être... Les promoteurs de ce projet mettent en avant des motivations louables à priori :

-il serait dommage de continuer à ignorer cette mane que constitue le potentiel de rayonnement solaire de la Provence

-le photovoltaïque est une énergie renouvelable, propre qui permet de diminuer l'empreinte carbone due à la consommation d'énergie fossile qui génère des gaz à effet de serre

-ce projet permet au monde rural d'avoir une nouvelle activité génératrice de quelques emplois évaluée actuellement à une douzaine

-la zone aura également un rôle de coupe-feu le cas échéant pour la défense de la garrigue

-les retombées économiques s'annoncent très prometteuses

-de plus, les équipements étant réversibles, il y a la possibilité d'arrêter le projet n'importe quand.

Et pourtant, ce projet à priori très lucratif pose de réelles questions, il est emblématique de cette tendance à une industrialisation du solaire car ce type de projet plus ou moins avancés a le vent en poupe, un autre dossier du même acabit a été déposé à Beaucaire avec aussi à la clé un bénéfice faramineux de l'ordre de 90000 euros à l'hectare par an, projet sous la houlette d'EDF Energie Nouvelle.

En fait, on a déjà l'exemple écossais de l'industrialisation de l'énergie renouvelable : on peut voir là-bas les dégats pas seulement visuels d'immenses plateaux recouverts de gigantesques éoliennes.

Le solaire est une énergie d'avenir, c'est certain mais il doit être penser de manière écologique, locale, respectueuse de la bio-diversité. Dans les projets qui se dessinent, on ressent un vrai malaise autour d'une rentabilisation à outrance. Cette énergie semble se mettre en place pour des surfaces trop importantes ce qui induit un impact désastreux en termes de bio-diversité : la garrigue n'est certes pas la biosphère la plus défendue médiatiquement mais les chênes verts, les cistes cotonneux et les pins d'Alep sont aussi des niches écologiques. L'aigle de Bonelli rode au dessus de cette grande garrigue située vers Les Quatre Termes, le Puy Madame et le Fangas. Il est évident qu'une grande surface de miroirs solaires ne lui va pas vraiment... Ce genre de projet autour d'une garrigue enfin rentable accentue la fragmentation de l'espace naturel alors que les populations animales et végétales ont déjà le plus grand mal à se connecter entre elles.

IMG_0287Pour d'autres projets en zone agricole, voilà une nouvelle source de pression foncière sur des étendues à vocation agricole qui fondent déjà comme neige au soleil notamment dans les Bouches du Rhône.

Lançon situé à côté, commune à l'extension phénoménale, témoigne tristement de ce travers d'extension urbaine en prenant toujours que plus de garrigue pour des constructions de lotissements cette-fois. Ces dernières années le département a perdu un cinquième de ses terres agricoles au profit bien sûr de lotissements, de zones commerciales et d'infrastructures routières et ferroviaires.

-Mais alors, vous les écologogistes, on vous croyait favorables au solaire mais vous y devenez hostiles dès qu'il commence à se réaliser sur le terrain ! m'a dit un retraité de La Barben très remonté contre ces écolos qui mettent toujours des bâtons dans les roues. Il ne voyait aucun inconvénient dans ce projet, surtout l'immense avantage d'avoir déniché la poule aux œufs d'or. Ce qui lui venait tout d'abord à l'esprit, c'était un éventuel impact pour les chasseurs, négligeable pour lui, ensuite un éventuel désagrément esthétique aussi, mais aucune réflexion ni sur l'impact foncier, ni au niveau de la bio-diversité...

-Mais le coin est tellement perdu, si vous le trouvez, je vous paye un merle blanc comme on disait autrefois... m'a t-il dit.

On assume, on milite certainement pour les énergies renouvelables, animé d'une profonde motivation pour sortir de l'hégémonie du nucléaire mais avec des projets plus modestes, plus respectueux de la bio-diversité aussi. Il y a une dizaine d'années, dans le cadre de la commission environnement d'un syndicat, on encourageait les acteurs du solaire et les décideurs politiques à faire installer des pannneaux sur les toitures des entrepots de Plan de Campagne. Oui au solaire sur les toitures notamment là où il y a déjà une activité industrielle ou une concentration de commerces et d'entrepots.

Il y a un bémol à mettre toutefois pour les gros projets notamment au sol comme à La Barben car c'est toute la filière française du solaire qui est financièrement étouffée de leur fait : l'argent dédié au solaire français se trouve accaparé par ces projets industriels ou semi-industriels au détriment de projets plus modestes qui sont le plus souvent sur toiture.