036Souvent, on arrive à déjouer les barrières d'interdiction que mettent en place les gouvernements tyranniques et par chance, en Birmanie aussi.
Décembre 2010
A Yangon, face à ton écran d'ordinateur, tu vois bien que ça rame, que ça rame indéfiniment et tu recherches en vain des moteurs de recherche qui s'ouvrent rapidement mais quand au bout d'un quart d'heure, l'accès à ton adresse électronique est toujours en attente d'ouverture, que ça travaille encore et encore...Là, tu demandes comment faire ! C'est alors qu'on t'indique un cybercafè où de jeunes informaticiens arrivent à débloquer tout ce fouillis.
Tu y vas et tu accèdes à une grande salle remplie de consoles et d'animateurs au dernier étage, tout en haut d'un immeuble.
Même si ça bloque encore, ici ils ont trouvé le moyen de contourner les barrages mis en place par des informaticiens au service des généraux de la junte. En fait, les jeunes vont utiliser PROXY et j'avoue que je ne connaissais pas ce truc. Ils ouvrent des fenêtres et créent des sortes de tunnel entre leur machine et un serveur européen pour travailler par procuration : cela nous permettra d'utiliser le web sans qu'il soit filtré.
Pour ces jeunes birmans aussi compétents que serviables, il semble facile de déjouer les barrages : ils se régalent et tu te régales avec eux en sachant bien que de temps en temps, malheureusement, un flic en civil doit venir s'infiltrer dans leur salle.
Un bain de jouvence que de te rendre compte de cette éternelle capacité, de cette dextérité qui permet de traverser les interdits des fachos.
Au fait, une rumeur dit que ce serait quelques jeunes informaticiens occidentaux dont des français qui auraient fait le travail de verrouillage, travail grassement payé au demeurant, au service de la junte...

Internet est un lieu par lequel l'humanité est en train de prendre conscience que la liberté passe par la reprise en main des protocoles informatiques. Certains en Birmanie aussi réussissent à transgresser, à passer outre, à déverrouiller les serrures qu'a mises en place la junte. Ils ouvrent de grands chemins de liberté et c'est peut-être l'aube d'une recréation démocratique des protocoles, fabuleux empowerment d'une génération montante. -Lei ferrolhs son fachs per sautar- disait le poète. Ils déconstruisent les techniques mises en place par les informaticiens, valets de l'ordre martial. Vont ils les envoyer demain aux travaux forcés ces techniciens birmans maitrisant cette syntaxe ? La tentation doit démanger les généraux of course. En tous cas, voila un potentiel de résistance... et cette résistance en marche donne du baume a l'âme au pays de l'enfant-soldat.