IMG_4660O Berardo, marcha lo còp, as fach un bòn viatge fin qu'a Carcassona amb Lo Dalfin ?

Autan, Mistrau, Cerç, toei lei vents foligaus nos an carrejat a Carcassona lo 24 d'octòbre de 2009. Oui, nous avions rendez vous au pied de la Cité, il y a peu, sous un ciel déjà presque automnal et nous étions là pour défendre la langue et la culture occitanes, un còp de mai, pour la défendre en dignité dans toutes ses différences, pour défendre donc aussi son unité plurielle. 20000 per carrièras... Comme les quelques pauvres énergumènes adeptes de la violence n'étaient pas là, l'ambiance fut bon enfant, plutôt tant mieux.
Les figures tutellaires de Carcassonne, celles du siècle passé, René Nelli et Joë Bousquet hantaient un peu notre cortège peut-être. Deux poètes aussi liés dans l'écriture que dans l'amitié : Nelli qui étudiait les Troubadours avec ferveur, qui nous à laissé des livres de référence comme -L'érotique des Troubadours-, sa thèse, une anthologie des écrivains anticonformistes du Moyen-Age... et aussi bien sûr des ouvrages de référence sur les cathares, sans compter ses oeuvres de création, en théâtre -Esclarmonda- par exemple. J'ai rencontré un ancien élève de René Nelli à Genève qui me racontait comment son professeur de français à Carcassonne glissait parfois en toute discrétion, tournant le dos aux directives officielles, une Canço de Guilhem de Peitius entre un poème d'Hugo et une pièce de Molière...
De Joë Bousquet, le surréaliste meurtri au plus profond de l'être, l'homme qui vivait alité à cause de sa paralysie, on retient cette voix d'où jaillissaient des sources infinies de poésie, des incantations magnifiques, des rêveries utopiques, parfois audacieusement érotiques, toujours sous le sceau du surréalisme, un surréalisme d'avant-garde teinté d'hérésie. Ainsi se forgeait une conscience, l'immense conscience de Joë Bousquet qui émmergea visiblement à la Libération, une Libération qui fit de lui un le responsable régional des affaires culturelles.   
Pour le 24 octobre 2009, merci d'abord aux organisateurs, -Anem òc per la lenga occitana-, merci aussi a ceux de l'Ostal Sirventés de Carcassonne, Alain Rouch, Mireille Bras, ceux mêmes qui nous avaient donné un sérieux coup de main, paratge, lors de la mise en page de -Trobar doç around the world-, il y a 10 ans.   
C'est toujours pertinent que provençaux, languedociens, gascons, limousins, auvergnats se mèlent dans un cortège occitan, qu'un journaliste occitanophone de Marseille cotoye un comédien de Pèzenas, un blogueur de Saint Flour, une conteuse de Millau ou un écrivain de Pau, bref que tous les occitanistes viennent défiler côte à côte, ces militants, un peu figures de proue de la conscience occitane, ces individus si dilués habituellement dans la multitude des "occitans sans le savoir"... Défiler ensemble en se moquant pas mal des petites différences phonétiques -on roule les r dans ton village ? - même si l'idée d'unité plurielle n'est pas encore bien partagée. J'affirme pourtant qu'elle est partie prenante de l'occitanisme et encore plus aujourd'hui d'actualité avec la construction d'une l'Europe pluri-culturelle. Pourtant dans le seul milieu occitan, qui connait B Manciet en Provence, M Delpastre à Nice, J Bodon dans les vallées occitanes, J L Sauvaigo en Corrèze ou T Canet à Marseille ?

A ceux qui regrettent que le lieu de la manifestation ne tourne pas, qui y voit comme une hégémonie languedocienne, voici mon utopie : dans l'idéal fédéraliste, je souhaiterai que s'organise simultanément des rassemblements dans tous les coins du pays d'oc, à Toulouse, à Limoges, à Pau, à Aurillac, à Nice et à Forcalquier... Patience, quand en aurons nous la force ?

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Mistral en 1907 avait été sollicité par les vignerons en révolte dans leur crise terrible pour manifester en tête de cortège à leur grande manifestation. Y aller ou pas ? Les félibres s'étaient réunis pour trancher et l'on a retrouvé depuis, en Camargue, dans des archives, le compte rendu de cette réunion où ils prirent la décision d'y aller ou pas. A la fin de la réunion, ils durent voter. Devinez quelle fut la posture du grand Frédo...